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Posted by on Juil 20, 2015 in Parfumeurs Créateurs, Sentir/Goûter | 2 comments

Jean Guichard, parfumeur et directeur de l’école Givaudan

Devenir parfumeur-créateur n’est pas à la portée de tous. Effectivement les places sont chères. Pour Jean Guichard, parfumeur mais aussi directeur de l’école de Givaudan « Le parfumeur est un artiste ; un poète doublé d’un scientifique ». Aujourd’hui c’est de Jean Guichard, parfumeur que je vous parle au travers d’une histoire où ce dernier m’a révélé une part de réflexions personnelles et de son vécu de parfumeur.

Ses premiers souvenirs

« Enfant, ma mère organisait des thés avec ses amies. J’étais chargé de leur redonner leurs manteaux de fourrure…Panique, que faire…Ni vu, ni connu, j’y mettais mon nez et leur parfum me permettait de les retrouver, ayant mémorisé la plupart d’entre eux quand je les embrassais !… J’avais 8 ans » se souvient Jean Guichard, parfumeur chez Givaudan.

Sans le savoir, son avenir de parfumeur se profilait…Il dit lui-même ne pas avoir réfléchi à devenir parfumeur. Néanmoins, l’univers de la parfumerie a toujours rôdé autour de lui ; son entourage familial, originaire de Grasse, travaillait dans les matières premières. Étonnamment, aucune délicieuse odeur de sa ville de Grasse, ne plane dans les plis de sa mémoire.

roses-grasse12Ce sont les cueillettes de jasmin et de rose qui voguent et qui sont imprimées dans son esprit. « L’été, nous ramassions les fleurs de jasmin tout en jouant. C’était de bons moments, mais l’odeur de cette dernière ne me captive pas. » Tandis que la rose est marquée dans la moindre parcelle de ses cellules. « On ramassait les roses dans la propriété de mon père que l’on posait sur des sacs de jute. De ces instants, j’ai, comme gravé en moi, un accord qui oscille entre des accents grossiers, râpeux, presque « pomme de terre », de la toile de jute et une cascade de notes fraîches, raffinées et très féminines de la rose. » Une odeur que Jean aime utiliser dans ses créations. Il rêve même d’une rose pour homme. Une idée qui est née, il y a quelques années alors qu’il jouait aux boules, fin mai dans le Midi. « Une merveilleuse effluve de rose est venue me déconcentrer en plein jeu. Aucune femme n’était dans l’assistance. Ce n’est qu’au bout d’un moment que j’ai réalisé qu’elle venait d’un vieux paysan, qui en était imbibé! » Son parfum mystérieux se révélait d’une élégance que l’on pourrait conjuguer sans souci, au masculin. Certes, un parfum qui flotte dans l’esprit de Jean depuis son enfance.

Les belles roses

La rose exhale une odeur complexe d’une grande richesse, qui au sein de la structure irisée et boisée de « Soroses-de-grasse1_1sm Pretty » de Cartier, amène féminité et élégance. « Une féminité légère avec toute la fraîcheur du mois de mai, époque de la cueillette ». Elle devient veloutée avec des accents de framboise sur un fond chypré dans « Après Tout » de la gamme Confidentiel de Fragonard. L’ambiance d’un rosier sur pied dans toute sa beauté et toute sa simplicité.

Cette obsession pour la rose vient, sans aucun doute, de ses origines Grassoises. Une fierté qu’il n’oublie pas. D’ailleurs, il s’occupe des cultures de roses, de jasmin et de verveine de sa mère.

Aujourd’hui, elles sont exclusivement réservées à Jean Patou. C’est ainsi que l’extrait de Joy et de Mille bénéficient toujours de la rose centifolia et du jasmin grandiflorum de Grasse, des cépages uniques et devenus précieux. Seule, la rose centifolia est présente dans l’Eau de parfum de Joy et de Mille. « J’aime aussi utiliser la rose de Grasse de façon économique ; si nous en mettions plus dans nos parfums, on en verrait plus dans les champs. Je me sens donc, dans l’obligation de m’impliquer ! « .

L’homme de passion et de caractère

Mûre & Musc Son caractère entier et passionné se retrouve dans ses parfums favoris que sont Angel de Thierry Mugler ou encore Mûre & Musc de L’Artisan Parfumeur, deux parfums connus et reconnus pour leur surdosage. « Un beau parfum doit provoquer une émotion tout en traduisant une époque. » Une envie d’excès dans un parfum est même nécessaire à Jean. Aucune nourriture particulière ne le stimule si ce ne sont les odeurs des parfums qui flottent dans sa tête. Il est séduit par l’idée évoquée dans « A Rebours » d’Huysmans, de substituer à la réalité une odeur ; une approche qui devient un jeu. « A ce moment-là, tu penses ton parfum et tu n’as plus besoin de la femme ». Ce dernier n’est pas envahi par l’image d’une femme ; celle-ci n’est pas totalement absente, seuls ses contours sont imaginaires !… Et même, ils les aiment et les apprécient ; sans en parler, ils les évoquent en révélant leur féminité et leur élégance. Sur sonLoulou de Cacharel chemin, Jean en a rencontré de formidables en dehors, bien sûr de sa femme et de sa fille !… Annette Louit, directrice générale de Cacharel dans les années 80, en est une. « J’ai adoré travailler avec elle, pendant presque cinq ans. Très avant-gardiste, elle a su capter avant tout le monde des tendances olfactives telle les odeurs d’eau. Notre première collaboration fut l’aventure de Loulou de Cacharel. » Un moment important de la vie de Jean. Si, Anaïs, incarnait un parfum jeune, tendre, et romantique, dicté par le lys, Loulou se devait d’être plus sensuel, charnel, exotique. Une jeune femme consciente de son pouvoir, soulignant une autre facette de la féminité. « D’où l’idée de la vanille, plus sensuelle à l’odeur de peau. » D’ailleurs, les Français trouvent que la peau d’une jeune fille sent le caramel. Jean a donc travaillé sur une vanille à laquelle il a ajouté une nouvelle dimension. « Pour rendre ce parfum plus doux, je pensais qu’il devait être plus poudré. Un effet que l’odeur de la vanille naturelle donne par la vanilline, la molécule qui permet cette odeur caractéristique. Cette Eden de Cachareldernière est une poudre. Plus que tout, je voulais que le parfum accroche la peau et soit plus tenace. » Certes, Loulou devait être plus provocant sans oublier une certaine fraîcheur ; une facette soulignée par un cœur floral doux de fleurs blanches dont la fleur de tiaré et une cascade de notes vertes telles les feuillages d’une forêt sombre. La belle histoire Cacharel ne s’arrête pas là ; la suivante se poursuit avec Eden. Un parfum qui transporte dans l’ambiance estivale où dès l’aube, on se promène dans un jardin envahi d’eau. Une eau gorgée de parfums où se réconcilient fraîcheur et sensualité. Ce nouvel accord « frais sensuel » inaugure une nouvelle famille olfactive, les « orientaux fleuris aquatiques ». Eden dévoile aussi une part méconnue de la feuille de patchouli, ombragée et fraîche, vivante et sensuelle. Jean a besoin de cette fraîcheur ; ce n’est pas un hasard si le printemps est sa saison préférée. Un moment où il s’échappe dès que possible à la campagne. C’est aussi une période où la nature se réveille et voit apparaître les narcisses, les jonquilles et les jacinthes, aux odeurs évocatrices de ces débuts dans la parfumerie anglaise au sein de la filiale anglaise de Robertet.

Ses passions

Hormis son métier de créateur qui l’anime, Jean a d’autres passions qui lui tiennent à cœur. Toutes, ont comme point commun, la nature ; et font de lui un homme occupé au calendrier très chargé ! Quand il n’est Jean Guichard parfumeurpas à la chasse, il ramasse des champignons, où pêche à la cuillère ou à la mouche. Enfin, il a sa collection d’œufs d’oiseaux, commencée à l’âge de 10 ans à Grasse avec Bertrand Dor, son ami, aujourd’hui parfumeur à New York. Elle en compte une cinquantaine dont les superbes œufs turquoise du rouge-queue à front blanc ou ceux de la grive musicienne.

Chacune de ses passions demande une certaine concentration, une façon idéale de se vider la tête tout en développant un sens de l’observation et de l’écoute. Ses longues heures de marche lui permettent d’écouter le chant mélodieux du chardonneret Goldfinch, son oiseau préféré. « J’ai besoin de rêve et d’évasion. Chaque soir, je lis avec beaucoup de bonheur quelques pages de L’histoire Naturelle de Buffon qui m’emmène vers d’autres cieux. »

Ses thèmes de prédilection

Les belles de RicciTout parfumeur a une bibliothèque fournie d’accords inédits. Au cœur de celle de Jean, on retrouve des thèmes liés à l’enfance qu’il affectionne particulièrement : la violette, plutôt la sauvage, aux teintes bleu et bleu clair dont il faisait des bouquets, la feuille de tomate, réminiscence d’été dans le sud, le mimosa, autant de belles odeurs authentiques, sans prétention et attachantes à l’image de Jean. De ces recherches, la présence de la base « feuilles de tomate », renforce la personnalité de « Liberté Acidulée » de Nina Ricci. Une fraîcheur joyeuse et claire qui monte des ruisseaux. « Un parfum coloré, ensoleillé, plein de lumière, à la fois mouillé et merveilleusement humide ». A l’opposé de cette fraîcheur, Jean souhaiterait imaginer un beau cyprès, une odeur chaleureuse d’après lui et liée au feu de bois, aux odeurs de résine. Tout comme il aime la campagne, il apprécie l’ambiance chaleureuse des feux de cheminée. Ces derniers donnent un supplément d’âme à une maison. Ils ont même donné naissance à un parfum ; « La Nuit » de Paco Rabanne, un beau chypre fruité. « La partie sombre du charbon est illustrée par les notes mousse de chêne et le patchouli mais aussi les notes animales et l’encens ; alors que la partie incandescente est apportée par les accents de fruits rouges du prunol Les Chypres constituent une famille olfactive abstraite qui doivent leur nom à un parfum « Le Chypre » de Coty. Tous ont en commun, un accord composé de bergamote, de rose, de jasmin, de mousse de chêne et de ciste. Aujourd’hui, ce célèbre parfum a aussi donné son nom à un Prix qui récompense un parfumeur pour sa carrière, dont Jean a été le premier élu il y a six ans. Comme la plupart des parfumeurs, il aime ces parfums pour leur complexité, leur élégance et leur raffinement.

Jean et le parfum…

En réalité, Jean a un réel besoin que ses créations sortent vraiment de lui. D’ailleurs, ses lectures d’Edmond Roudnitska l’y ont aidé et l’ont convaincu que composer des parfums était un art et non un métier. « Les livres que sont « L’intimité du parfum », « L’esthétique en question » ou encore le « Que sais-je sur le Parfum » m’ont souvent servi de guide dans les moments de doute ; y trouvant plus de hauteur et de noblesse, tout en illuminant ainsi le quotidien ».

Dans cet esprit, la page blanche ne l’affole pas un seul instant ! Bien au contraire, elle le stimule ! « Partir de choses existantes et les mélanger m’ennuient totalement et ne m’intéressent pas. J’aime travailler tous types de notes »…. Aucune frustration dans le paysage olfactif de Jean. Néanmoins, il est étonnant de voir que les préférences olfactives des créateurs soient en si étroite relation avec leurs intérêts dans la vie. La grande richesse qui fait leur différence. « Il est indispensable de donner une technique aux futurs parfumeurs pour ensuite les laisser libre d’inventer et d’imaginer leur propres histoires. » Il semble que les jeunes parfumeurs qui ont travaillé auprès de lui comme Antoine Maisondieu, Antoine Lie, Cécile Matton ont dû, comme lui, chez Robertet (Paris) à ses débuts auprès de Henri Sorsana, observer ses méthodes de travail. Tout comme avec son fils Aurélien, parfumeur Givaudan au studio de création de Paris, avec qui il échange et travaille en écoutant ses idées. Son rêve, créer des parfums qui lui correspondent et qui soient en adéquation avec les envies et les contradictions des consommateurs… Pendant que les magazines nous gendarment et nous alertent sur la minceur, les parfums se font très sucrés et gourmands ! Devant cette antinomie, Jean se prend à rêver … Et souhaitons lui, de gagner un parfum avec son fils !

2 Comments

  1. bonjour,
    depuis 20 ans je porte comme parfum Image de Cerruti pour homme. Ce parfum n’est plus commercialisé depuis quelques temps.
    j’ai acheté tout ce que j’ai pu trouver lorsque j’ai appris la triste nouvelle.
    Mais aujourd’hui j’ai entamé le dernier flacon.
    Pourriez vous m’aider et m’orienter vers des parfums proches de celui ci.
    Merci par avance pour votre aide.
    Belle journée.

    • Cerruti pour homme était un très bon parfum, crée par le parfumeur Martin Gras, aujourd’hui à la retraite
      Laissez-moi réfléchir et je vous donne une réponse !

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