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Posted by on Juin 30, 2013 in Expos-Musées | 7 comments

Où sentir les parfums Paul Poiret ?

Où sentir les parfums Paul Poiret ?

11 parfums de la maison « Les Parfums de Rosine », peuvent être sentis à l’Osmothèque à Versailles lors de séances organisées, très régulièrement. Mais comment sont-ils arrivés là ? Qui sont les parfumeurs qui ont créé « les Parfums de Rosine », nom de la maison de parfums de Paul Poiret ? C’est avec Jean Kerléo, fondateur de l’Osmothèque et ancien parfumeur chez Jean Patou que je vais éclaircir quelques mystères et surtout vous raconter de merveilleuses histoires.

Où peut-on sentir les parfums Paul Poiret ?

Yuri ParfumeurSi on peut sentir à ce jour, des parfums Paul Poiret, c’est en partie grâce Yuri Gutsatz. Ce parfumeur russe, a travaillé pour les Parfums Mury et la société de création Roure avant de créer sa propre maison Le Jardin Retrouvé.  « J’étais tout jeune débutant dans la parfumerie quand le hasard m’a fait rencontrer un industriel qui avait racheté la marque Rosine disparue des marchés depuis de longues années, avec tout un stock de flacons et coffrets, etc. … y compris les formules originales. Cet industriel pensait que je pouvais « moderniser » ces anciennes formules, tâche bien au-delà de mes capacités de l’époque. Mais j’avais conservé un certain nombre de formules, précieusement recopiées dans un cahier à toutes fins utiles, avant de les donner à Jean Kerléo, fondateur de l’Osmothèque… » raconte Yuri Gutsatz aujourd’hui disparu.

Sur les 19 formules remises à Jean Kerléo, des 36 parfums connus des Parfums de Rosine, on peut en sentir 11 à l’Osmothèque. Et, des 11 parfums refait,  fidèlement à l’origine,  4 le sont par Guy Robert et 7 par Jean Kerléo.

Qui sont les parfumeurs des Parfums de Paul Poiret ?

D’après Jean Kerléo, Paul Poiret, a travaillé avec deux parfumeurs du nom de Maurice Schaller (1888-1965)  et d’Henri Alméras (1892-1965). Le premier  était un parfumeur indépendant, chimistePhoto-Paul-Poiret et même verrier. Il travailla comme parfumeur maison pour Les Parfums de Rosine. Son premier parfum, fut Nuit Persane réalisé à l’occasion de la fête « des Mille et Deuxième nuit », organisée par Paul Poiret au cours de laquelle un flacon fut offert à chaque invité. Comme me confie Jean Kerléo, « Nuit Persane » n’a jamais été vendu et nous n’avons pas de formule. Puis il y aura « Coupe d’Or » (1911), « Mea Culpa » (1914)  La Rose de Rosine (1912), Chez Poiret (1913), L’Espalier du Roy, Fanfan la Tulipe, Le Minaret, Nuit de Chine seraient aussi de Maurice Schaller. Pendant la guerre, c’est la femme de ce dernier, qui était aux commandes et qui a poursuivi la fabrication des parfums.

Paul Poiret continue ses activités de parfum pendant la guerre…

En réalité, Paul Poiret, absent au moment de la mobilisation en 1914,  a été qualifié de déserteur. A l’ombre dans une caserne, d’où il pouvait s’échapper pendant la journée pour travailler, et rentrer le soir, il pourra continuer ses activité !…. A priori, c’est à cette époque, qu’Henri Alméras, anti-militariste forcené, commence à créer pour lui. Dès 1914, il réalise « Mamzelle Victoire », « Le Parfum de ma marraine », « Sa chambre », « Jasmin de la Riviera », « Mouchoir de Rosine », « Pierrot ». A la fin de la guerre, en janvier 1918, ce sera « Le Fruit Défendu », qui verra le jour suivi d' »Aladin » en 1919, « Toute la Forêt », « Le Balcon », « Antinéa », « Hahna », « L’étrange fleur », « Marahdjah », « Sakya Mouni », « le Bosquet d’Apollon », « Arlequinade », « Coeur en Folie », « 1925 », « Coup de Foudre », « Connais-tu le pays ? », « Avenue du Bois », « Qui es-tu ? » et « Habera ».

Que peut-on dire du style d’Henri Alméras ?

D’après Guy Robert, on sait peu de choses sur la formation d’Henri Alméras, si ce n’est un passage chez Chiris avec Ernest Beaux (parfumeur chez Rallet et créateur du Chanel N°5), Vincent Roubert (parfumeur chez Coty) et Henri Robert (parfumeur chez Chanel).

« Ces formules sont courtes et s’appuient pour une bonne part, sur les bases De Laire » remarque Jean Kerléo qui a beaucoup travaillé sur ses formules puisque Henri Alméras sera parfumeur chez Jean Patou dès 1925 alors que Paul Poiret est dans une situation financière délicate. Ces bases De Laire permettaient d’habiller les découvertes de la chimie, quelque fois un peu trop puissante, tout en gardant la personnalité de la molécule.

Et Guy Robert, ajoute, qu’Henri Alméras s’appuyait sur Marius Reboul (auteur de Sophora, Mélittis, Muguet 16…) chez Givaudan et Maurice Chevron chez Chuit Naef, deux des plus grands fournisseurs de la parfumerie de l’époque. Il dit aussi que des parfumeurs comme Henri Alméras mais aussi Paul Vacher (pafumeur de Miss Dior), Pierre Dhumez, Jacques Jantzen (parfumeur des parfums Helena Rubinstein, Balenciaga), Paul Parquet (créateur de Fougère Royale, premier parfum qui emploie de la coumarine, Le Parfum Idéal d’Houbigant), écrivaient leurs formules en étant soucieux de la fabrication de leur parfums.

Le style de Maurice Schaller

Il n’y a aucun doute, que Maurice Schaller, trouvait son inspiration dans les parfums de Coty. Coty a été le premier à utiliser ces produits naturels sans cire des établissements Antoine Chiris, mis au point par Joseph Robert, le grand-père de Guy Robert, et le père de Victor et Henri Robert (le parfumeur de Chanel). « Des produits qui choquèrent les parfumeurs, habitués aux pâles et graisseux de lavages de  pommades » raconte Guy Robert dans son livre. La puissance des P.N.S.C plut à Coty et ce fut le début de la grande mode des absolus ! Mais Coty, vierge des à priori des parfumeurs, les adopta Fruit Defenduimmédiatement. « On ne peut pas dire que Maurice Schaller avait un style personnel marqué mais ses formules étaient longues et fouillées », me raconte Jean Kerléo.

« Le Fruit défendu »

Parmi les nombreux parfums des Parfums de Rosine, « Le Fruit Défendu », lancé à la fin de la guerre,  fit scandale. La guerre n’était pas terminée, que Paul Poiret lançait un parfum ambré, fleuri, boisé, aux accents de pêche très prononcés. Il avait un sillage très présent, avec cette note fruitée à la limite de l’écoeurement. En fait, c’est un joli précurseur des notes gourmandes, bien avant Angel de Thierry Mugler !… « Il intrigue, il inspire et fait l’unanimité lors des séances à l’Osmothèque et nous en sommes heureux » m’avoue Jean Kerléo. Et c’est vrai, je l’ai senti. Pour moi, c’est une gourmandise de caramel au beurre, légèrement salée avec des accents de pêche.

« Arlequinade »

Quand à « Arlequinade », il est l’objet d’une jolie histoire vécue par les Osmothécaires que

Le beau flacon de l'Arlequinade passé dans la vente Coutau Bégarie

Le beau flacon de l’Arlequinade passé dans la vente Coutau Bégarie

Jean Kerléo me raconte. Lors d’une réunion des osmothécaires au début de l’Osmothèque, « une dame de 80 ans, frêle et discrète leur dit que son père offrait tous les ans, le même flacon de parfum à sa mère. Et que ce parfum embaumait la maison. Ce parfum s’appelait Arlequinade. Etonnée que l’on puisse lui faire sentir à nouveau ce parfum disparu, elle fût même dubitative devant  le parfum qu’on lui présenta dans un flacon de laboratoire !!  Mais après l’avoir  senti, elle prononça ces mots : merci, j’ai retrouvé ma mère ». Imaginez notre émotion, se souvient Jean Kerléo.

D’où la force de la rémanence des parfums et l’objectif fondamental de l’Osmothèque de garder la mémoire de ces fabuleux parfums qui ont marqué, à jamais, l’histoire de la parfumerie, conclut Jean Kerléo. Je vous donne rendez-vous à la rentrée, pour la genèse de l’Osmothèque à Versailles.

Les parfums Paul Poiret ? C’est un monde fabuleux, qui surgit comme par enchantement d’un conte des Mille et une Nuits. Marahdjah est un parfum chaud et captivant, d’un opulent souvenir oriental. Antinéa, évoque, l’âpre parfum des algues du fond de la mer. Chaque flacon, chante…le  transport du coeur, de l’esprit et des sens de celui qui fut le champion du luxe et de la qualité française, dit Marcel Rochas, extrait du livre Les Parfums à travers le monde 1765-1945.

En attendant, n’oubliez pas de me faire part de vos impressions sur ces parfums de Rosine et si vous avez déjà été les sentir à l’Osmothèque, en me laissant un commentaire ci-dessous.

 

7 Comments

  1. Merci pour l’information. La femme sans parfum c’est un 0.
    J’ai un rêve – me baigner dans parfum.

    Merci

  2. En soi excellente idée…mais peut-être un peu risqué !….Quel est votre parfum préféré chez Paul Poiret ? Bettina

  3. Bonjour, Bettina.
    Merci de m’avoir répondre. Bien sur, c’est très risqué. Mais chaque fois quand je sens les parfums je ferme mes yeux et je me trouve dans la nuage ou dans la fleuve des roses.
    Il y a 10 ans j’ai découvert le « Diamant » de Fragonard. Mais mes premiers parfums avait été « Les Parfums de Rosine »offert par ma grande mère. Ma tête garde : pomme, bergamote. La fraicheur de cet parfums me suit toute ma vie.
    Je pense que vous savait l’histoire de parfums  » Krasnaya Moskva ».
    Au revoir et encore merci

  4. Olga, c’est tout à fait normal que je réponde aux lecteurs qui me laissent des messages.
    Non je ne connais pas l’histoire de parfums Krasnaya Moskva mais je serai ravie de la connaître. Si vous êtes parisienne, prenons un café. Laissez-moi un message sur la page contact et on peut suivre la conversation via nos emails. Bonne journée, Bettina

  5. Bonjour Bettina.
    Malheureusement je ne suis pas parisienne. J’habite Pas de Calais depuis 20 ans. Je suis d’origine Ukraine. Ici j’ai 110, pas beaucoup mais,mini-flacons de parfums de différents marques. Ils sont pour moi comme mes petits bébés. Je les chouchoute.
    Je vous parlerai de cette histoire en revenant de mon voyage. Bonne journée et à bientôt, Olga

  6. Mon Dieu les parfums….
    Si les horloges marquent le temps.
    Les parfums marquent nos émotions.
    De l’encens brûlé dans l’Egypte ancienne aux plus grandes boutiques de la parfumerie de luxe française en passant par l’odeur des mamans de toute l’Humanité, il n’y a qu’un seul et unique dénominateur commun : l’émotion profonde que notre système olfactif nous procure.

  7. Bonjour,

    Je cherche le nom du parfumeur et du parfum contenu dans un flacon en forme de poire avec un cabochon en forme de noeud tourné. J’en ai trouvé une photo sur internet avec la mention « Rosine de Paul Poiret 1917-1918 » (catalogue gazette Drouot). J’aimais beaucoup ce parfum et souhaiterait le retrouver.

    Je vous remercie pour votre aide, bien cordialement
    Françoise 06 26 177 183

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