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Posted by on Jan 18, 2017 in Portraits, Sentir/Goûter | 2 comments

Qui est Jean-Marie Martin-Hattemberg ?

Qui est Jean-Marie Martin-Hattemberg ?

Les portraits continuent…. Aujourd’hui, c’est Jean-Marie Martin-Hattemberg, expert près de la Cour d’Appel de Versailles spécialisé en Parfumerie Ancienne du XXème Siècle, mais surtout un passionné d’objets de parfumerie, à qui je donne la parole. Intarissable sur le sujet, il a toujours une anecdote à vous raconter, une dernière acquisition à vous montrer, un livre en cours…. Rien ne l’arrête ! C’est à la suite d’un choc au cours d’un déjeuner de famille que Jean-Marie Martin-Hattemberg va devenir un grand collectionneur, unanimement reconnu dans le monde et surtout un expert du patrimoine de la parfumerie du XXème Siècle. Prêt à rentrer dans la monde de la parfumerie ancienne !

Comment est née cette passion ?

Il était de coutume et vivement conseillé autour de la table dominicale de ma grand-mère, de regarder de ses yeux la robe d’un vin généreux, ou les couleurs ambrées d’un cognac, que le cristal limpide et chatoyant d’une carafe Baccarat laissait filtrer. Mais chose étonnante, les flacons de parfum du même cristallier finissaient leur vie sans hésitation dans une poubelle ! C’était pour moi une grande incompréhension alors jeune adolescent. Pourquoi une carafe en cristal serait-elle plus précieuse qu’un flacon de parfum ?

C’est alors décidé, que j’ai démarré une collection de ces flacons, jugés futiles et indignes de survivre à leur contenu ! Mon amour pour le beau, mon oeil vif et critique va s’éduquer, et s’exercer dès mon plus jeune âge, en suivant mes parents dans les salles de ventes aux enchères. Des qualités qui me servent aujourd’hui, lors d’expertise de copies et de contrefaçons. Ma sensibilité pour le verre et le cristal va naître à cette époque, et de ce fait, j’ai approfondi mes connaissances, en allant visiter les verreries de la Vallée de la Bresle en Normandie, les cristalleries de Baccarat et les cristalleries à Karlsbad en Tchéquie.

Quelles furent vos premières acquisitions ?

René Lalique – Flacon « méplat à deux figurines » (1912)

« Mes premiers effluves furent l’Heure Bleue et Mitsouko de Guerlain récupérés de justesse, dans un carton destiné à être jeté, qui les condamnait à l’oubli ! » Mais mon premier flacon acheté avec mon argent de poche à l’âge de 17ans fût le flacon « Méplat Deux Figurines » de René Lalique (1912). Aujourd’hui, ma collection oscille entre 2000 et 4000 pièces comprenant des boîtes à poudres, des rouges à lèvres, des objets publicitaires et, bien sûr des flacons, sans oublier certains flacons publicitaires géants de très grande qualité.

Racontez-nous votre collection ?

Les flacons de ma collection personnelle sont à la fois un plaisir, mais aussi un outil de travail notamment pour monter des expositions thématiques sur le parfum ou pour donner des cours d’histoire dans certaines écoles parisiennes d’art et de design. Je m’en occupe sans relâche et j’aime raconter dans les moindres détails leur histoire et le lieu où je les ai découverts.

Caron – « La Fête des Roses » (1949)

C’est un instant magique lorsqu’on ouvre un flacon : un parfum élégant, bien sûr, un peu passé, envahit aussitôt l’espace et, nous transporte au siècle dernier. Surprenant, certains sentent encore bon. Une collection ne se garde pas pour soi, elle doit se partager. C’est pourquoi j’aime la partager avec générosité avec les  amoureux de la parfumerie et j’adore conseiller les gens notamment à l’occasion des ventes aux enchères que je dirige deux fois par an à l’Hôtel Drouot à Paris. Quand on me demande comment je découvre mes flacons, je réponds « les objets viennent lorsque vous les désirez ardemment. En fait, j’achète les flacons sur un choc esthétique. Je suis les prix du marché mais le prix d’un flacon n’est pas mon premier critère ; c’est son esthétique et sa facture noble qui motivent mon achat. A la question, quels sont vos flacons préférés, je répondrais : « La Renommée » des Parfums d’Orsay créé par René Lalique, la « Vierge Folle » de Gabilla en cristal de Baccarat, « Ramsès II » de Bichara en cristal Saint Louis, et le carafon vinaigrier Ottoman « Jicky » de Guerlain produit par Pochet & Du Courval.

Quels sont vos verriers préférés ?

Elizabeth Arden « Cyclamen » (1938) Baccarat

Vous comprendrez aisément que les flacons Baccarat ont suscité dès mon plus jeune âge une curiosité et demeurent toujours très présents dans ma collection. « Ce qui me fascine chez Baccarat, c’est l’exigence de qualité mais aussi la créativité du cristallier. Baccarat n’est pas prisonnier d’un style, il se renouvelle sans cesse parce que ce site cristallier demeure un lieu où se sont exprimés et où s’expriment encore aujourd’hui des artistes et des designers multi-facettes. » C’est à Georges Chevalier, directeur artistique Baccarat (1894-1987) que l’on doit le souffle de modernité chez Baccarat depuis l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs de 1925. Il y a également Julien Viard (1883-1938) et Lucien Gaillard (1865-1942) qui m’intéressent tout particulièrement.

Julien Viard, sculpteur et verrier pour ses inspirations mauresques, gothiques et Art Déco, son style polyvalent et sa capacité à retranscrire certaines présentations de parfum dans le style égyptien tel le flacon « Sphinx d’Or » de la maison Ramsès.

Clamy – « Sauvageonne » (1913) Lucien Gaillard

Un de ses chefs d’oeuvre est « L’Amour dans le Cœur » des Parfums Arys que j’aime particulièrement.

Quant à Lucien Gaillard, j’apprécie son travail sur l’Art Nouveau et l’Art Déco et plus particulièrement l’introduction des laques et des émaux japonisant dans son art du flaconnage. Ce sont « Sauvageonne » et « L’Heure de Minuit » des Parfums de Clamy, mes deux favoris.

Quel est votre parcours ?

Après 25 ans passés dans une banque où j’ai travaillé dans le secteur du Négoce International, j’ai décidé en 2009 de me mettre à mon compte. C’est à ce moment là que j’ai dédié ma vie à ma passion des objets de parfumerie ancienne.

Contrairement à Régine de Robien que je respecte énormément, je ne suis pas un expert marchand. Par contre j’ai poursuivi son œuvre que j’ai popularisée. Je consulte uniquement sur rendez-vous. De plus, je me porte garant pendant 10 ans des objets confiés que je catalogue et présente lors des ventes aux enchères publiques.

C’est ainsi que je suis devenu l’unique expert près de la Cour d’Appel de Versailles depuis 30 ans. Aujourd’hui, j’organise deux ventes par an avec les maisons de ventes aux enchères O.Coutau-Bécarie et Lombrail & Teucquam à Paris. Ce sont deux rendez-vous parisiens, les Floralies du Parfum au printemps et les Saturnales du Parfum à l’automne, auxquels assiste avec assiduité une communauté de collectionneurs mordus sans oublier certains musées privés dont la richesse des collections est inouïe.

Clamy « L’Heure de Minuit » (1918) Lucien Gaillard

Depuis presque 20 ans, je suis devenu également le correspondant de l’Association Américaine IPBA (International Perfume Bottle Association). « Le but de cette association est de protéger le patrimoine de la parfumerie et d’entretenir des amitiés au travers d’un thème de collection ». L’atmosphère qui y règne, est plutôt décontractée. Aujourd’hui, les collectionneurs américains sont attirés par les parfums de modistes tels que Lilly Dashé ou les Soeurs Callot. Sujet en vogue sur lequel les collectionneurs réagissent pour le moment avant de passer à une autre tendance du marché.

Ma passion me fait voyager au pays de la parfumerie où je ne se lasse pas de découvrir toutes les histoires qui entourent les flacons et les marques, de découvrir les différents acteurs tels les verreries, les designers, les cartonniers qui me font rêver et me nourrissent intellectuellement. Mes recherches ne s’arrêtent pas là, puisque en passionné, j’hante les archives nationales, les archives de Paris, les mairies et les salons du vieux papier pour exhumer de l’oubli et acheter des documents, des publicités, des dessins de prototypes et des catalogues commerciaux des marques ! Juste retour des choses, aujourd’hui, certaines marques font appel à mes conseils en matière juridique et en marketing ou bien en tant que documentaliste et archiviste. C’est cette dernière activité qui ainsi me permit d’écrire et d’éditer de beaux livres sur les parfums et les objets de beauté du XXème Siècle.

Guerlain flacon « vinaigrier Ottoman »(1910) Pochet & Du Courval

Qui sont les collectionneurs d’aujourd’hui ?

Aujourd’hui les collectionneurs de flacons de parfum sont à 80% des hommes entre 35 et 80 ans. Ce sont essentiellement des français, des américains, des suisses, des néerlandais, des chinois, des qataris ou encore des canadiens, exerçant pour la plupart une profession liée à la santé. Il est dommage de remarquer que les acteurs de la profession du parfum ne se sentent pas plus concernés…et affichent parfois une certaine indifférence, voire aussi un certain mépris …

D’autre part, le collectionneur français est plus conservateur et reste amoureux de son patrimoine. Par contre en Europe, l’objet de caractère qui ne ressemble pas toujours d’emblée à un flacon, est recherché. La signature n’est plus forcément un critère d’achat.

Enfin, on peut dire que l’arrivée des ventes sur internet où les flacons s’échangent à un prix supérieur au marché, sans garantie d’expert, ne facilite pas la situation. Ce sont essentiellement des collectionneurs intimidés par les ventes aux enchères classiques qui achètent en ligne et qui n’ont pas toujours la connaissance du terrain (brocantes, salons d’antiquaires, vide-greniers)…Ces collectionneurs sont souvent des compulsifs préférant amasser en quantité que de collectionner la qualité.

Quelle est la tendance du marché ?

Aujourd’hui, le prix des flacons de parfum est à la baisse…. C’est donc le moment pour démarrer une collection attractive et esthétique, ou continuer à l’étoffer. Au travers des ventes que je pilote, ce sont les marques Guerlain (très apprécié des français), Christian Dior (une maison qui surveille, protège son patrimoine et achète), Chanel (un épiphénomène) et Nina Ricci (beaucoup de passionnés) qui mobilisent l’attention de ce public averti. Tandis que dans la parfumerie ancienne, ce sont des marques à historiquement et artistiquement riches qui remportent la palme d’or . On peut donc citer les maisons Volnay, Gabilla, Isabey (surtout depuis la relance de la marque en 2001) et Félix Millot. Après un engouement sur la marque Lancôme, cette dernière est délaissée depuis les années 2000, alors que la marque recèle de beaux flacons. N’oublions pas la parfumerie contemporaine avec le tiercé gagnant : Lolita Lempicka, Thierry Mugler, et Jean-Paul Gaultier qui mobilisent des fans !

2 Comments

  1. Quel roman …. Monsieur Martin !!!

    • Je suis ravie de vous ayez apprécié le portrait de Jean-Marie. J’en suis l’auteur et fondatrice du site. Êtes-vous parente de Jean-Marie ?

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